“Stranger Things” : des vides dans le scénario et dans le cœur des fans
Episode final de Stranger Things © Netflix
Le 1er janvier 2026, “Stranger Things” s’achève sur Netflix dans une démesure qui divise. Une conclusion spectaculaire, mais lourde, qui laisse une partie du public sur sa faim.
Pendant neuf ans, Stranger Things a grandi avec son public. Mais pour son ultime saison, la série phénomène de Netflix semble avoir grandi trop vite, trop fort, jusqu’à s’alourdir sous son propre poids.
Mis en ligne au compte-gouttes entre fin novembre et le Nouvel An, le final de la saison 5 pousse à l’extrême une logique déjà à l’œuvre depuis plusieurs années : des épisodes toujours plus longs, des enjeux toujours plus vastes, et une narration noyée dans l’emphase. Le dernier épisode, à lui seul, dépasse les deux heures. Une durée colossale qui dit beaucoup de l’ambition du projet… et de ses limites.
Le vertige du spectaculaire
Dans cette ultime ligne droite, Stranger Things abandonne presque totalement ce qui faisait son charme initial. La nostalgie des années 1980, les références ludiques au cinéma de Spielberg ou aux romans de Stephen King cèdent la place à un récit de fin du monde saturé de combats, d’effets spéciaux et de discours appuyés. Hawkins devient un champ de ruines, l’Upside Down un décor de fantasy sombre évoquant davantage le Mordor que les banlieues américaines.
Les frères Duffer réunissent enfin tous leurs personnages dans un même espace, pour une bataille finale contre Vecna et le Flagelleur mental. Sur le papier, le pari est séduisant. À l’écran, l’accumulation de scènes d’affrontement et de dialogues explicatifs finit par diluer l’émotion. À force de vouloir tout dire, tout montrer, la série peine à faire ressentir.
Stranger Things coche presque toutes les cases du grand final : sacrifice héroïque, adieux appuyés, retours symboliques aux origines avec une ultime partie de Donjons & Dragons.
Mais cette émotion, très écrite, très balisée, semble parfois forcée. Certaines scènes clés apparaissent mal situées dans un récit déjà saturé, comme si la série ne trouvait plus l’espace nécessaire pour laisser respirer ses personnages.
Des fans désabusés
Ce malaise se retrouve chez une partie du public. Une pétition, signée par des centaines de milliers de fans, a émergé dans la foulée de la diffusion, accusant Netflix et les créateurs d’avoir coupé des scènes essentielles au montage. Si l’acteur Randy Havens (M. Clarke) a rapidement démenti l’existence d’une hypothétique “version Snyder”, la colère dit autre chose : le sentiment diffus d’une promesse inaboutie.
Car Stranger Things a longtemps été perçue comme une série de l’équilibre. Équilibre entre horreur et aventure, entre hommage et invention, entre intimité adolescente et menace surnaturelle. En cherchant à rivaliser avec le cinéma hollywoodien sur son propre terrain, la série semble avoir perdu ce fragile point d’équilibre.
Une série emblématique de Netflix
Dès ses débuts, Stranger Things incarnait la stratégie de Netflix : produire des séries capables de retenir les jeunes publics loin des salles de cinéma. Longtemps, cette ambition s’est dissimulée derrière une sincère déclaration d’amour aux années 1980. Mais à l’heure du final, le vernis nostalgique ne suffit plus à masquer une mécanique devenue trop lourde.
Stranger Things s’achève donc comme elle a fini par se définir : plus grande, plus bruyante, plus longue. Une fin qui impressionne, parfois émeut, mais qui laisse aussi l’impression d’une série victime de sa propre démesure.
Aurélien Cardot
Articles liés

“Guido Guidi. Col tempo, 1956–2024” : le photographe italien mis à l’honneur dans la nouvelle exposition du BAL
Du 20 février au 24 mai 2026, LE BAL rend hommage à Guido Guidi, figure essentielle de la photographie européenne. Depuis les années 1960, sa réflexion sur le langage de l’image a donné naissance à l’une des poétiques du...

“Viva l’Italia !” pour célébrer l’Italie à la salle Gaveau !
Mandoline lyrique, orchestre classique, voilà le diptyque de ce concert où l’Italie chante et danse. Julien Martineau, l’un des plus prolifiques ambassadeurs de la mandoline moderne, restitue la virtuosité et les couleurs de la musique du Napolitain Raffaele Calace....

“Les Dimanches” : le nouveau long-métrage de la réalisatrice basque espagnole Alauda Ruiz de Azúa
Ainara, 17 ans, élève dans un lycée catholique, s’apprête à passer son bac et à choisir son futur parcours universitaire. A la surprise générale, cette brillante jeune fille annonce à sa famille qu’elle souhaite participer à une période d’intégration...





